La France après les élections municipales 2026

1. Place des municipales dans la vie politique Française
 

En France, les élections municipales permettent aux citoyens de choisir et désigner le (la) Maire de la ville ou du village.

Le périmètre de compétences de la mairie (du -de la- Maire) est local (voirie, entretien des établissements d’enseignement public, service d’aide sociale, dispensaires municipaux,...)

De ce fait, le ou la Maire était, jusqu’à il y a quelques années encore (surtout en province), relativement proche de ses administrés. On connaissait ses positions, son train de vie etc. La participation était traditionnellement assez forte ( => faible abstention).

Mais, les différents politiciens des partis bourgeois, agissant au niveau national et depuis le centre parisien, ont petit à petit imposé des ‘‘réformes’’ qui ont privé les Maires d’une part croissante de leur pouvoir. Puis, ces politiciens ‘‘néo-libéraux’’, ont supprimé l’impôt local, et ont ainsi privé les communes de financements. Avec la dernière ‘‘réforme’’ en date, le mode de scrutin a lui aussi changé :le droit de ‘‘panachage’’, qui laissait à l’électeur la possibilité de rayer des noms sur une liste ou bien d’en ajouter (ce qui faisait qu’un.e citoyen.ne qui n’avait pas été candidat.e pouvait se retrouver élu.e (voire maire), ce droit a été supprimé. Après cette réforme, dans deux communes sur trois (soit 23700 communes sur 34875 communes au 1er janvier 2025 sur le territoire national) le choix politique a été limité à une seule liste. (Premier motif d’abstention).

D’autres ‘‘réformes’’ sont venues éloigner le citoyen-électeur de sa ville : la multiplication des niveaux hiérarchiques entre la commune et l’État central : le maire (la mairie) a vu apparaître des niveaux décisionnels qui l’ont privé d’une part de ses pouvoirs (intercommunalité, la région, le Préfet (non élu), etc.) Dans le ressenti ‘‘populaire’’, la politique, était ce qui pouvait changer les choses (la vie). Or, dans les banlieues, (désormais étendu au monde rurale) à tous les niveaux, la politique ne peut plus rien changer. Les choix technocratiques ont consciemment, délibérément vidé la ‘‘démocratie[1]’’ de sa substance. L’abstention, qui touchait déjà d’autres types de suffrage (Européennes, présidentielles, législatives,…) touche désormais aussi les municipales. Dans certaines communes (depuis certains élu PS - voir Hanotin à Saint Denis, ou Delga en Occitanie - jusqu’à l’extrême-droite) la démocratie communale a elle aussi été très mal-traitée. L’autoritarisme néo-libérale s’est imposé.

Le 29 mai 2005, déjà, les Français avaient largement rejeté le projet de ‘‘Traité Constitutionnel’’ pour l'Europe. Or, Sarkozy, une fois élu Président, avait simplement annulé le résultat de ce référendum.

Mais l’estocade a été donné le 9 juin 2024 quand Macron a dissous l’Assemblée Nationale puis refusé de tenir compte du résultat des nouvelles élections, posant la question de la légitimité du pouvoir politique sinon sa légalité. Finalement, avec ce quasi coup d’État, c’est une sorte de suffrage censitaire qui a été rétabli. Macron, c’est la contre-révolution !

Localement, les citoyens n’ont plus aucun pouvoir. Les plus pauvres, où qu’ils soient, ne votent plus. Pourquoi voter encore ?

Ce sont ces multiples causes qui expliquent une abstention à 43% aux Municipales de 2026 (un signe fort d’une crise profonde des représentations, crise qui s’étend et se creuse). Mais aussi, crise qui ne peut durer éternellement. La démocratie représentative ne représente plus que la grande bourgeoisie.

2. grandes lignes des municipales 2026

Ces élections sont aussi marquées par la quasi disparition du parti macroniste complètement discrédité. C’est une bonne nouvelle ! La seule vertu de Macron en 2017 avait été d’anéantir le PS et les ‘‘Républicains’’. Après quoi, Macron s’était efforcé de construire un monstre politique, une sorte de néo-bonapartisme (mais un bonapartisme fragile) construit sur les ruines du PS et de LR (le parti post-gaulliste). Sans base de masse, Macron fut minoritaire dès sa première élection en 2017 (il faut compter le nombre de votants pour une liste à comparer au nombre d’inscrits). La poussière retourne à la poussière.

3. PS

Après son élimination, le PS a cherché à se reconstruire. Son nouveau dirigeant, Olivier Faure, a cherché le salut du PS en se rapprochant de la ‘‘gauche’’ (LFI, PCF, Écolo). Mais une fraction radicalement droitière du PS attendait en embuscade. Quand cette fraction a jugé le moment opportun, les traîtres ‘‘socio-libéraux’’ ont commencé les manœuvres pour reprendre le pouvoir au sein de ce parti. Avec la complicité de Faure. La crapule Glucksmann est apparue, bientôt suivie du social-traître Hollande, et de nombreux autres zombi politiques. Deux fois, le PS a accepté d’être représenté par Glucksmann et sa coterie politique ultra-libérale, cherchant par l'intrigue à faire prévaloir l’intérêt capitaliste et atlantiste.

Au lendemain d’un scrutin plus favorable qu’attendu, Faure se retrouve paradoxalement plus fragilisé que jamais, défié par sa droite. Le PS joue à ‘‘qui gagne perd’’[2]. Dénonçant ses choix tactiques, ses opposants internes entendent réviser radicalement la ligne du parti dans la perspective de 2027. Il s’agit d’imposer un retour à la politique de Hollande quand il était président, il s’agit de créer et de renforcer un ‘‘cordon sanitaire’’ contre LFI. Des compromis avec les ex-macronistes (voire avec certaines fractions de la droite) sont activement recherché. Encore un petit effort et le PS se retrouvera à la gauche de Zémour ! Les catégories populaires ont tout à perdre avec cette clique.

4. LFI

La France Insoumise (LFI, le parti de Mélenchon) est sortie victorieuse de ces élections. Sans un seul maire au niveau national précédemment, LFI gagne, à elle seule, plusieurs villes dont Saint-Denis (la plus grosse ville de la banlieue parisienne) et Roubaix (grosse banlieue de Lille, dans le Nord). D’autres villes sont conquises en alliance avec les écologistes ou le PCF, quelques fois avec le PS dans des accords locaux. Ces succès auront des conséquences positives pour ce parti : l’entrée en nombre dans les municipalités, et l’entrée au Sénat, lieu important de la vie parlementaire en France. Par la voix de O. Faure, qui qualifie Mélenchon de ‘‘boulet’’, le PS prétend que ses résultats ont été gênés par LFI. Il est très facile à LFI de montrer la fausseté de cette affirmation. La guerre entre LFI et le PS va se poursuivre jusqu’aux Présidentielles de l’année prochaine. Pour le plus grand bien de la bourgeoisie radicalisée.

5. PC

Le premier tour des élections municipales était positif pour le PCF, mais le second tour ne confirme aucune dynamique de reconquête. Le PCF continue son recule dans les villes. Ce Parti continue de perdre ses bastions historiques dans les anciennes régions industrielles et minières du pays Il est devenu une force d'appoint de la social-démocratie dans toutes ses formes, un parti de plus en plus proche du Parti radical-socialiste que du Parti communiste. Le déclin du PCF n'est toujours pas enrayé et il faut remettre en question le fonctionnement du parti, son rôle et mettre un terme à des décennies de liquidation politique.

6. Écologistes

Six ans après avoir gagné une dizaine de grandes villes, Les Écologistes n’en tiennent plus que trois à l’issue des municipales de 2026.Ce nouveau camouflet électoral relance le débat autour de la stratégie présidentielle de la secrétaire nationale Marine Tondelier, mais aussi de la place de son parti dans la gauche.

7. Droite / extême-Droite

Le site web de Mediapart signale plusieurs points importants : « Le RN a phagocyté l’électorat classique de la droite »[3]. Si le Rassemblement national s’est heurté à une résistance inattendue de la droite traditionnelle au premier tour des municipales, il a commencé à la supplanter dans certaines villes. Un phénomène amené à se démultiplier au second tour, selon un chercheur auteur de l’étude. De Liévin à Agde, le RN conquiert de nombreuses villes moyennes[4]

Le parti d’extrême droite, qui a multiplié les victoires dans les villes entre 10 000 et 50 000 habitants, se renforce dans ses bastions électoraux et s’implante dans de nouveaux départements. Il a cependant échoué à remporter la grande ville qu’il visait, Toulon, mais peut revendiquer la victoire à Nice.

8. En guise de conclusion partielle on peut lire ce qui suit : Municipales : les conséquences d’une reconnexion limitée entre politique locale et politique nationale [5]:

« Dans la France urbaine, l’offre électorale ressemblait davantage qu’en 2020 au « nouveau monde » partisan de l’ère Macron. La gauche a néanmoins réussi l’exploit de reculer dans un contexte d’impopularité record du gouvernement. Le RN, le centre-droit et LFI sont les seuls à enregistrer des gains nets ».

Il faudra encore attendre avant de pouvoir lire des études statistiques et sociologiques relatives aux rapports entre les votes (choix des électeurs) et les CSP (catégories socio-professionnelles). Pour patienter, on peut de nouveau voir chez Mediapart : Bureaux de vote et niveaux de vie : ce que nous apprend le premier tour des municipales[6]. « En compilant les données sur le niveau de vie par bureau de vote dans vingt-sept métropoles, l’analyse du scrutin s’affine notamment pour les outsiders : le RN s’affranchit des classes sociales dans tous ses bastions du sud, et LFI a un électorat plus composite que prédit ».

9. International

Le niveau municipale semble le lieu le plus proche des décisions qui concernent le plus directement l’électeur. Cependant, les décisions les plus importantes sont en réalité prises au niveau international.

Or, dans le contexte international actuel (procès de fascisation, course vers la IIIème guerre mondiale) extrêmement préoccupant, l’intervention des classes ouvrières et populaires est de la plus haute importance. Mais cette intervention doit se faire au niveau convenable, le niveau international.

La France impérialiste, conduite par Macron présente un grand danger de conflagration. Macron brûle d’envie ‘‘d’envoyer des mecs à Odessa’’ (sic). Pour cela, il est prêt à y mettre ‘‘un pognon de dingue’’(re sic). Il façonne le pays dans ce sens depuis dix ans. Économie de guerre, embrigadement militaire de la jeunesse, préparation des personnels hospitalier à accueillir des milliers de blessés,… Macron est une menace vitale au niveau national et international. Mais il ne servirait à rien de virer Macron si c’était pour le remplacer par l’un de ses nombreux clones.

Un basculement de la France dans une forme actuelle de fascisme serait une grande catastrophe, en France même pour les catégories populaires, mais aussi au plan international. Car si l’impérialisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage, le fascisme (qui est une contrepartie obligatoire de l’impérialisme) porte lui aussi la guerre en lui.

Contre cette perspective funeste il est vital de comprendre que les guerres (en Iran et plus largement dans le golfe persique, en Ukraine, les actes de piraterie maritime commis par les USA un peu partout dans le monde) ont toutes une cause commune : le besoin et la volonté de l’impérialisme des USA et des impérialismes vassaux (français, britanniques, allemand, etc.) de rétablir leur hégémonie perdue, leur faculté à imposer leurs intérêts au reste de la planète.

Les appétits de Trump pour le Canada, pour le Groenland, pour le Venezuela, pour Cuba, et plus généralement pour toute l’Amérique Latine, pour le Caucase du Sud comme du Nord (les USA viennent d’ouvrir un bureau de la CIA à Erévan en Arménie), ils ont obtenu l’ouverture d’un corridor dans le Zanguezour, avec une concession pour 99 ans. Ce corridor ne peut servir que contre la Russie au nord et l’Iran au sud et entraînent les pays du Caucase vers des guerres dont personne n’a besoin (sauf les USA). Les appétits de Trump s’étendent aussi aux pays de l’ex-Asie Centrale Soviétique, (auxquels les USA s’efforcent de faire signer les accords d'Abraham). Ces appétits sont sans fin. Tout montre l’intrication, le caractère global de la politique de l’impérialisme des USA.

Les peuples du monde n’ont pas leur mot à dire, et si les peuples laissent faire, ces tendances se renforceront et s’étendront à la planète entière.

Pourtant, si la crise globale du capitalisme met à l’ordre du jour le néo-fascisme/néo-nazisme et la IIIe guerre mondiale, elle met également à l’ordre du jour la parade, l’antithèse du fascisme et de la guerre mondiale : la nouvelle révolution prolétarienne, l’internationalisme et le communisme[7]. Mais cette révolution ne se fera pas toute seule, il faut un acteur, cet acteur c’est la classe ouvrière mondiale, elle seule a le pouvoir de combattre et de vaincre les forces bourgeoises, qui sont des forces de mort. Les peuples du monde ont beaucoup à perdre avec la guerre et le nouveau fascisme.

Nous, la classe ouvrière mondiale n’avons pas à laisser faire. Mais pour pouvoir résister il faut y mettre des moyens, qui n’existent pas à nos jours. Il faut 1) un appel international à la mobilisation de la classe ouvrière mondiale, 2) un renouveau de l’internationalisme prolétarien, 3) une augmentation des relations internationales de la classe ouvrière, 4) une coordination internationale, 5) construire dans chacun de nos pays un parti ouvrier, communiste, révolutionnaire et internationaliste, section d’une Internationale communiste-révolutionnaire, construite sur les bases du bolchevisme de Lénine et Trotsky, c’est indispensable pour combattre et vaincre la dictature du capital.




[1]      Démocratie formelle, indirecte, représentative, limitée, faite par et pour la bourgeoisie, contre la classe ouvrière.

[7]      On peut imaginer un communisme sans goulag et sans terrorisme bureaucratico-policier. On ne peut imaginer le fascisme/nazisme sans gestapo, sans SS et sans camps de concentration/camps de la mort.